Sur les pas de Chloé  visite de l’exposition nationale « Arts de l'Islam un passé pour un présent »

Cette exposition est à voir jusqu’au 27 mars 2022, à la chapelle des Pénitents-Bleus. Elle est réalisée en partenariat avec le musée du Louvre et la Réunion des Musées Nationaux – Grand Palais.

Commissaires de l’exposition Flore Collette et Yannick Lintz

Vous trouverez ci-dessous le discours d’Yves Penet prononcé le samedi 20 novembre 2021 jour de l’inauguration.

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Discours les Arts de l’Islam « un passé pour un présent » Yves PENET Le samedi 20 novembre 2021

 

Faire découvrir les arts islamiques, c’est aussi lutter contre une approche identitaire de la culture et les préjugés sur une religion parfois méconnue. Et comme l’a souligné très justement madame la ministre de la Culture « À l’heure où l’on cherche à nous opposer les uns aux autres, à nous entraîner dans un choc des civilisations, nous avons besoin d’exposition comme celle-ci qui rappelle que notre république est universelle ».

 

Le prêt et l’accueil d’œuvres fait partie du quotidien d’un musée tel que le nôtre, que cela soit avec le Musée du Louvre, ou bien avec l’Alhambra de Granada en Espagne, ou dernièrement avec la restauration et le prêt de la tapisserie flamande de la Création au Metropolitan Museum de New-York pour l’exposition « Les Tudors ». Mais cette fois-ci c’est une exposition que j’ai envie de qualifier de monumentale, puisque comme vient de vous le dire madame la directrice conservatrice du Palais-Musée des Archevêques et co-commissaire de l’exposition, ce sont les plus grandes institutions Musées en France que sont le Louvre, RMN et le Grand Palais qui vont travailler de concert avec 18 villes pour donner naissance à cette exposition Les Arts de l’Islam « un passé pour un présent ».

 

A ce titre je voudrais remercier toutes les personnes qui ont œuvré de près comme de loin pour la réalisation de cette exposition : Yannick Lintz du département Islam du Musée du Louvre, Chris Dercon de la RMN, le Grand Palais, monsieur le premier ministre, madame la ministre de la culture et monsieur le ministre de l’éducation nationale. J’ai une pensée toute particulière également pour le service Culture/Patrimoine/Musée et Archives, dont je suis l’élu délégué, qui ont fait un travail formidable, mais je ne peux pas oublier le service Communication, les services techniques, le service des bâtiments, et tous ceux que je n’ai pas cités. Vous, monsieur le maire, ainsi que l’ensemble des élus qui ont permis et fait que cette exposition ait pu se faire malgré les contraintes techniques. Mais comme le dit le slogan : « Narbonne, au coeur des possibles ».

 

Notre ville est un lieu chargé d'histoire. On ne compte plus les vestiges romains et les manifestations culturelles dédiées à l'époque antique narbonnaise. Mais la Ville s'intéresse aussi à l'histoire des autres peuples, comme en témoigne cette exposition.

 

Ce projet a et se doit d’avoir une portée « sociétale », les oeuvres exposées s’érigent en véritables ambassadeurs de la civilisation et de la culture islamique. Chaque œuvre est porteuse d’un message culturel autour de cette civilisation, et son interaction avec les différents courants spirituels et religieux en Orient et en Occident est d’une richesse incroyable, malheureusement mal connue en France. Cette exposition se doit également d’être un projet contre les séparatismes. Elle doit être particulièrement tournée vers la jeunesse et ceci malgré sa complexité. Soyons ambitieux !

 

Cette exposition doit s’adresser aux élèves, à leurs professeurs, elle doit véhiculer les valeurs de notre vivre ensemble tout en favorisant l’accès à la culture pour tous. À l’image de ce que nous avions pu également faire sur l'exposition « Narratifs abstraits » avec les arts Aborigènes. Les arts islamiques témoignent des richesses d’une religion qui constitue également une immense civilisation. Les œuvres anciennes, ces trésors du passé, profanes comme sacrés proviennent de pays où la religion musulmane était officielle. Mais ce vaste territoire qui comprend notamment l’Inde, la péninsule arabique, l’Afrique centrale et orientale jusqu’au sud de l’Europe, est également peuplé de populations non musulmanes.

 

N’oublions pas l’histoire, notre histoire, faisons face aux préjugés en montrant combien cette civilisation s’est nourrie mais également a enrichie notre civilisation occidentale. L’histoire de Narbonne peut en témoigner car avant même la fin de la conquête de l’Espagne, la péninsule ibérique plus exactement et dès les premières expéditions musulmanes en Gaule, notre ville tomba aux mains des Infidèles vers 715-719. Au VIIIe siècle, Narbonne dispose toujours des murailles héritées de l'époque romaine, chantées par l'évêque Sidoine Apollinaire en 465. Selon une histoire locale connue des Narbonnais, les Sarrasins seraient entrés dans la ville par surprise, à l'automne 719, profitant de l'ouverture des portes en cette période de vendanges. Ce qui expliquerait pourquoi la ville, en dépit de ses ouvrages défensifs, fut si facilement conquise et si longue à reprendre.

 

Les géographes arabes ont gardé le souvenir de la Narbonne musulmane, comme Zuhrî, au XIIe siècle qui donne une description de la ville à cette époque :

« Sur la côte, à l'est de Barshalûna (Barcelone), il y a la ville d’Arbûna (Narbonne). C'est le point extrême conquis par les musulmans sur le pays des Francs. On y trouvait la statue sur laquelle était inscrit :

« Demi-tour, enfants d'Ismaël, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la Résurrection. »

« Cette ville est traversée en son milieu par un grand fleuve, c'est le plus grand fleuve du pays des Francs ; un grand pont l'enjambe. Sur le dos de l'arche, il y a des marchés et des maisons. Les gens l'utilisent pour aller d'une partie de la ville à l'autre. Entre la ville et la mer, la distance est de deux parasanges [environ 10 km]. Les navires venant de la mer remontent le fleuve jusqu'en aval de ce pont. Au centre de la ville, il y a des quais et des moulins construits par les anciens, personne ne pourrait plus en bâtir de semblables. »

 

Il faudra attendre 751-752 pour qu’elle soit reconquise par Pépin le Bref et que les portes de la ville s’ouvrent en 759. Je vous recommande d’ailleurs à ce titre un ouvrage exceptionnel intitulé « narbonne sous l’occupation musulmane » écrit par Jacqueline Caille (historienne médiéviste et spécialiste de l’histoire de Narbonne au moyen-âge) qui nous apporte d’ailleurs sont précieux concours dans le projet de restauration du Palais-Musée des Archevêques. L’islam n’est pas uniquement une religion, c’est aussi une civilisation qui couvre une grande partie du monde et cette exposition doit nous permettre, elle doit contribuer a nous emmener un nouveau regard sur cette dernière. Ces oeuvres d’art exposés témoignent d’une histoire longue et partagée, riche et complexe à la fois, une histoire de plus de 13 siècles où des cultures doivent mutuellement « in fine » s’enrichir à travers et surtout grâce au dialogue.

le vase de l’Alhambra du musée du Louvre.jpg
faïences d’Iznik du Palais-Musée des Archevêques.jpg
Paris, musée du Louvre.png